Relation Entre la Conservation des Bâtiments, la Durabilité et le Changement Climatique
Conservation des Bâtiments
Par « conservation des bâtiments », on entend l’usage et la gestion éclairés d’un bâtiment afin de prévenir les changements indésirables, comme les altérations irréfléchies ou incompatibles, le délabrement, la destruction, les abus ou la négligence. Le but est de « sauvegarder les éléments caractéristiques d’un lieu patrimonial afin d’en préserver la valeur patrimoniale et d’en prolonger la durée de vie ».
L’ouvrage Normes et lignes directrices pour la conservation des lieux patrimoniaux au Canada est un outil de référence précieux qui offre des conseils sur les approches de conservation du patrimoine au pays.

Les Wychwood Barns, Extérieur, Toronto, ON. Source: Jeff Hitchcock via Flickr
La Durabilité en Réaménagement et en Réhabilitation de Bâtiments
Le principe organisateur de la durabilité1 de l’environnement bâti rappelle beaucoup celui du développement durable, que l’on peut définir comme un « développement qui répond aux besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».
La conservation des bâtiments contribue de manière cruciale à la durabilité, car elle répond aux principes économiques, culturels, sociaux et écologiques étroitement liés du développement durable. Voir:
Les avantages potentiels d’une démarche de conservation sont mentionnés ci-dessous.
Écologiques
- Conservation de l’énergie grise et maximisation des constructions existantes;
- Réutilisation et recyclage des sites, des bâtiments et des matériaux offrant une longue durée de vie et un grand potentiel de reparation;
- Utilisation de technologies adéquates ainsi que de matériaux et de modèles éprouvés qui sont adaptés au climat ou à la region;
- Réduction de l’étalement urbain et protection des forêts, de la faune, des fermes et des autres éléments naturels;
- Réduction des déchets et de l’utilisation des décharges lors de la demolition.
Socioculturels
- Conservation de souvenirs culturels varies;
- Conservation et développement des collectivités et des identités;
- Conservation des espaces et installations communautaires;
- Accès à davantage de logements abordables;
- Accès à des espaces commerciaux de plus petite superficie pour les entreprises locales en démarrage;
- Possibilité d’offrir des activités éducatives;
Économiques
- Réduction des frais de développement par l’utilisation de sites déjà construits;
- Augmentation de la valeur immobilière grâce à la mise à niveau;
- Promotion d’un modèle de prévision des coûts du cycle de vie favorisant une vision à long terme;
- Création de postes spécialisés menant à des emplois durables et équitables;
- Soutien des économies régionales, notamment des fournisseurs de matériaux.

Evergreen BrickWorks, Toronto, ON. Origine: Wynchwood Barns Exterior, Toronto, ON. Source: Jeff Hitchcock via Flickr
AMÉLIORER L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE DES BÂTIMENTS EXISTANTS OFFRE LES POSSIBILITÉS D’ATTÉNUATION LES PLUS IMPORTANTES, LES PLUS DIVERSIFIÉES ET LES PLUS ÉCONOMIQUES QUI SOIENT POUR LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
– GIEC
Changement Climatique et Mise à Niveau et Réhabilitation Durables
À l’heure actuelle, le changement climatique est l’un des principaux facteurs de dégradation de l’environnement. On reconnaît maintenant la nécessité d’y réagir de toutes les manières possibles pour contrecarrer et atténuer ses effets nocifs sur l’environnement à court et à long terme.
On sait également que les bâtiments sont la principale source de consommation d’énergie, de production de déchets et d’émissions de gaz dans l’atmosphère. En effet, près de la moitié des gaz à effet de serre produits au Canada proviennent des bâtiments. Il est donc articulièrement important d’améliorer le rendement de nos bâtiments pour atténuer le changement climatique.
En fait, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la plus grande économie de carbone qui pourra être réalisée d’ici 2030 découlera de la mise à niveau de bâtiments existants et du remplacement d’appareils énergivores. Par ailleurs, des économies d’énergie de 50 à 75 % pourront être réalisées dans les bâtiments commerciaux appliquant efficacement des mesures
d’efficacité énergétique.
Par conséquent, pour lutter efficacement contre le changement climatique, les autorités et les collectivités devront mettre à niveau et réhabiliter leurs bâtiments existants de manière durable, c’est-à-dire non seulement les bâtiments ayant une valeur patrimoniale, mais également les bâtiments anciens et modernes.
Cependant, il ne faut pas oublier que les bâtiments existants donnent du caractère et du cachet à nos villes et villages. Par exemple, la majorité des personnes interrogées dans le cadre d’un sondage effectué à Vancouver (Colombie-Britannique) se sont prononcées en faveur de la préservation des bâtiments historiques, déclarant que ces derniers contribuaient au sentiment d’appartenance des citoyens, c’est-à-dire le cachet particulier, le caractère spécial et l’identité qu’un lieu géographique confère à une collectivité. Selon le même sondage, 50 % des répondants préféreraient vivre dans un bâtiment historique mis à niveau avec un souci d’efficacité énergétique et de confort thermique, tandis que 11 % préféreraient habiter dans un bâtiment neuf.
Les pratiques exemplaires en matière de mise à niveau et de réhabilitation devraient donc tenir compte de la contribution du bâtiment au sentiment d’appartenance d’une collectivité. C’est pourquoi il faut intégrer des technologies, des pratiques et des matériaux sains et durables de manière à ne pas porter préjudice à la valeur patrimoniale des bâtiments.
Consommation des Bâtiments au Canada
non Comprises)
Produit par des Bâtiments au Canada
Changement Climatique et Répercussions Évitées
Les bâtiments anciens comprennent souvent plusieurs caractéristiques qui leur confèrent une durabilité intrinsèque. Ces caractéristiques contribuent largement aux répercussions évitées sur l’environnement. Prenons l’exemple des facteurs holistiques à long terme, comme l’énergie grise et l’empreinte carbone propres aux bâtiments anciens. La durabilité intrinsèque fait aussi souvent référence à la durabilité des techniques de conception et de construction traditionnelles, aux matériaux durables ou locaux, aux assemblages réparables et à la planification à long terme du cycle de vie.
Pour mesurer la durabilité d’un projet de conception, de mise à niveau ou de réhabilitation, il est possible de procéder à une analyse du cycle de vie (ACV). En pratique, il suffit de se poser les questions suivantes au sujet des éléments, des assemblages et des produits de construction:
- Quel est l’impact de la fabrication, du transport et de l’installation d’un produit ou d’un assemblage?
- Quel apport en déchets le produit occasionnera-t-il au cours de sa vie?
- Qu’arrivera-t-il au produit lorsqu’il ne servira plus?
Ces questions permettent souvent de constater que les bâtiments anciens sont beaucoup plus durables que les nouveaux, dans la mesure où ils sont constitués de matériaux naturels et durables, d’assemblages réparables et de petits éléments remplaçables.
Il est également important de tenir compte des répercussions des nouvelles constructions. Il faut des dizaines d’années à un bâtiment écoénergétique neuf pour compenser l’impact négatif de sa construction sur l’environnement. En outre, les constructions neuves comportent souvent des éléments fabriqués en usine, ce qui limite les possibilités de réparation, augmente la fréquence des remplacements et génère davantage de déchets de fabrication et de construction. Autrement dit, il est généralement mieux d’adapter et de réutiliser des bâtiments existants plutôt que de les démolir ou en construire de nouveaux pour assurer la durabilité immédiate de l’environnement bâti.
Il est néanmoins possible d’améliorer les synergies entre la conservation du patrimoine et la durabilité de l’environnement. Les lignes directrices citées dans les notes en bas de page évoquent justement cette possibilité. , ,
Enfin, la conservation des bâtiments relève aussi de la « construction écologique » puisqu’il est souhaitable d’améliorer l’efficacité écologique de tous les bâtiments, même de ceux qui n’offrent aucune valeur patrimoniale. Toutefois, au Canada et ailleurs dans le monde, la durabilité ne se résume pas à l’ajout de « gadgets écologiques ». Pour lutter contre la dégradation de l’environnement et le changement climatique, il faut plutôt envisager la situation dans son ensemble. La technologie n’est qu’une partie de la solution.
Valeur Économique Sociale et Locale
Comme les bâtiments vernaculaires, prémodernes et d’avant
la Seconde Guerre mondiale demandent généralement plus
de travaux d’entretien, de réparation et de conservation que
les neufs, ils ajoutent souvent de la valeur aux collectivités
environnantes par la création d’emplois à l’échelle locale.
De plus, en tenant compte de la durabilité des bâtiments
anciens, on favorise aussi la diversification économique
et culturelle puisque l’on encourage le tourisme culturel et
patrimonial et l’établissement de relations sociales
plus solides. , ,
LA PRÉSERVATION HISTORIQUE, QUI COMPREND LA CONSERVATION DE L’ÉNERGIE ET DES RESSOURCES NATURELLES, A TOUJOURS ÉTÉ L’ART LE PLUS ÉCOLOGIQUE DU MILIEU DE LA CONSTRUCTION
– Richard Moe, National Trust for Historic Preservation, États-Unis, 2008
L’ADAPTABILITÉ FONCTIONNELLE DES BÂTIMENTS HISTORIQUES EST L’UNE DE LEURS CARACTÉRISTIQUES LES PLUS SOUS-ESTIMÉES. IL NE PEUT Y AVOIR DE DÉVELOPPEMENT DURABLE SANS PRÉSERVATION HISTORIQUE, UN POINT C’EST TOUT
– Donovan Rypkema, « Sustainability, Smart Growth and Historic preservation », Historic Districts Council Annual Conference, New York, 2007
L’ACCUMULATION DES BÂTIMENTS EST UN SUJET TABOU : L’IGNORER REVIENT À FAIRE L’AUTRUCHE. LA VOIE DE LA DURABILITÉ NE PASSE PAS PAR LA CONSTRUCTION, MAIS PAR LA CONSERVATION
-Carl Elefante, Forum Journal: The Journal of the National Trust for Historic Preservation, été 2007